Népal

Le tour des Annapurnas

Article mis à jour le 31/12/2009


Nous y voilà. Nous avons décidé de nous lancer à l'assaut du roi des treks: le tour des Annapurnas. Nous avons croisé un couple de Français en Thaïlande qui nous a dit que c'est tranquillement faisable sans porteurs et sans guide. Qu'à cela ne tienne, nous nous renseignons à Kathmandou sur les conditions du trek, nous faisons faire le fameux permis de trek (20 euros par personne), et nous voilà dans le bus qui nous emmène pour Besishahar, la ville qui est le point de départ de cette aventure.

Avant de commencer à détailler nos journées, il faut savoir que ce trek est une boucle autour du massif des Annapurnas, dont le sommet, l'Annapurna I, culmine à plus de 8000 mètres. Cette boucle est un chemin de 210 kilomètres, et selon pas mal de sources, il va nous falloir une vingtaine de jours pour la parcourir. Malgré l'engagement que représente cette épreuve, le lieu est quand même assez touristique, puisque le logement s'effectue dans des lodges qui assurent l'hébergement et la restauration. Le point positif, est que nous sommes hors saison, donc nous risquons de croiser assez peu de touristes, en revanche, le gros point négatif est le niveau des températures qui risquent d'être très basses en cette saison. Nous avons acheté des équipements à Kathmandou, mais nous ne sommes pas encore certains qu'ils vont réellement nous protéger du froid.

Jour 1 - 3 décembre 2009 - De Besishahar à Nadi Bazar - 13 km - 3h - 70 m de dénivelé

A peine sortis de 7 heures de bus en provenance de Kathmandou, nous avalons un sandwich que nous payons assez cher dans un boui boui de Besishahar. Le ventre à peu près rempli, nous nous dirigeons vers le début du chemin. Il existe un bus qui pourrait nous permettre de gagner une bonne heure, mais le prix est prohibitif, et en plus, le chauffeur nous prend pour des cons. Ce dernier nous dit sur un ton désagréable « if you can't pay, you can go by foot ». Et ben c'est clair mon gars, au cas ou tu l'aurais pas compris, on est là pour marcher, et c'est ce qu'on va faire.

Nous commençons donc à marcher de suite, un poil énervés par ce premier contact un peu pourri avec le trek. Heureusement, nous croisons quelques autochtones qui nous font de grands sourires, ce qui nous permet de commencer à apprécier la randonnée. Une heure et demie plus tard, nous arrivons à Buhlbule où nous faisons tamponner nos permis de trek. On regarde la montre, et on se dit qu'on pourrait encore marcher une heure, histoire de se chauffer un peu. Et c'est donc une heure plus tard que nous nous arrêtons dans un lodge sympathique à Nadi Bazar. Comme nous sommes hors saison, la tenancière nous propose la nuit gratuite si nous prenons le dîner et le petit déjeuner chez elle. On en profite pour s'offrir une bière qui sera quasiment la dernière du trek. Nous sommes encore en dessous de la barre des 1000 mètres d'altitude, et la température pendant la soirée est presque agréable. Mais nous ne nous couchons pas très tard, parce que demain, on se lève à 6h30 pour attaquer pour de bon.

Jour 2 - 4 décembre 2009 - De Nadi Bazar à Chyamche - 16 km - 6h - 500 m de dénivelé

Nous attaquons la journée par une bonne montée jusqu'au sympathique petit village de Bahundanda. Nous continuons ensuite par un chemin plus calme jusqu'à Syange où nous prenons le déjeuner. Dans la matinée, nous avons rencontré deux québécois qui randonnent avec un guide et un sherpa surchargé par leurs affaires. Nous avons également doublé plusieurs groupes accompagnés de guides et de porteurs. Nous ne voyons pas d'autres groupes qui voyagent comme nous, sans guide. Ce que nous faisons ne semble pas si fréquent que ça.

Pendant l'après-midi, notre chemin est la plupart du temps sur la route en travaux. Oui, vous avez bien lu. Les népalais construisent une route qui va jusqu'à Manang, au bout de la vallée. L'avantage de cette voie qui sera achevée d'ici 5 à 10 ans, est que la vallée sera désenclavée. L'inconvénient est que toute cette partie du trek n'aura plus lieu d'être. Sur notre chemin, nous croisons un sherpa qui trimballe un poulailler « portatif » de 80 kilos sur son dos. En fin de journée, nous voilà à Chyamche, où nous trouvons le même arrangement que la veille avec la propriétaire du lodge où nous passons la nuit.

Jour 3 - 5 décembre 2009 - De Chyamche à Danakyu - 15 km - 6h - 820 m de dénivelé

L'étape de ce jour est pour le moins fatigante. Sur le papier, le dénivelé ne paraît pas énorme, mais en réalité, nous ne faisons que monter, puis descendre, puis monter, ? A midi, nous prenons une longue pause pour déjeuner et récupérer. L'après-midi est plus facile. Nous avons fait le gros de la montée pour la journée, et après quelques traversées de villages, nous arrivons en fin d'après-midi à Danakyu. Le froid après le coucher du soleil commence à se faire sentir, et la douche gelée que nous prenons ce soir là est la dernière avant pas mal de jours.

Jour 4 - 6 décembre 2009 - De Danakyu à Pokhari - 25 km - 7h - 1000 m de dénivelé

La journée commence par une grosse montée. Nous arrivons à Timang, en haut du raidillon en milieu de matinée. La suite du programme est beaucoup plus cool: les montées plus légères, et de nombreuses zones de plats. Nous apercevons enfin les premiers sommets: le Manaslu dans la matinée, et ensuite l'Annapurna II depuis le village de Koto. Après une pause déjeuner à Chame, un gros bourg avec de très nombreux lodges, nous reprenons la route qui est vraiment très facile sur ce tronçon.

Nous sommes dépassés par un randonneur solitaire avec qui nous causons cinq minutes. Il s'appelle Nils, il est hollandais, et il fait des étapes de 40 kilomètres. Il faut dire qu'accessoirement, il est guide de haute montagne, et qu'il sort tout juste d'un trek dans le sanctuaire des Annapurnas avec des clients. Bon, OK, une fois la conversation terminée, il nous largue littéralement et reprend son rythme de train de marchandise.

Cette journée commence à être fatigante. Il faut dire que nous ne sommes pas encore habitués à faire des étapes aussi longues. La dernière montée vers Pokhari, qui est notre but du jour, est assez éreintante. AnneK n'en peut plus, et nous nous installons dans le seul lodge ouvert dans ce patelin. Tiens ! Nous sommes également les seuls clients ici ce soir. La maîtresse de maison, assez peu sympathique, me prépare un Dhal Bhat, le plat national, constitué de riz, d'une soupe de lentilles, et de pickles pimentés. Le tout est plutôt bon, et resservi à volonté.

Quelques heures plus tard, alors que nous sommes installés dans une chambre qui est un véritable congélateur, je me réveille avec de violentes douleurs à l'estomac. Il semblerait que le Dhal Bhat ne soit pas bien passé. En réalité, c'est plutôt les pickles qui devaient traîner dans leur boîte depuis un certain temps. Ah, hygiène népalaise, quand tu nous tiens ! Bon, dans l'histoire, j'ai du m'extraire en quatrième vitesse de mon duvet, et courir dans la cabane au fond du jardin en caleçon et tee shirt, le tout par -10°C. Un moment d'anthologie qui risque de rester gravé dans ma mémoire pour un bon moment. Cette bonne grosse chiasse (puisque c'est bien parfois d'appeler les choses par leur nom) va me pourrir la vie pendant les deux journées et les trois nuits qui vont suivre.

Jour 5 - 7 décembre 2009 - De Pokhari à Lower Pisang - 5km - 1h - 10 m de dénivelé

Le matin, quand je me réveille (pour le peu que j'ai dormi), ça va mal. J'ai l'estomac tout retourné, et impossible d'avaler quoi que ce soit. Je galère pour aligner trois pas, et je préfère passer la matinée au lit. AnneK en profite pour bouquiner pendant ce temps là.

A midi, je rassemble mes forces. Nous refaisons nos sacs, et c'est parti pour l'étape du jour. On verra bien jusqu'où on ira. Nous avançons à un petit rythme dans la forêt, et rapidement, je sens que ça ne va pas. Je n'ai aucune réserve d'énergie (normal, je n'ai pas réussi à manger). Nous continuons donc jusqu'au prochain village: Lower Pisang, et nous installons dans un lodge beaucoup plus confortable que celui de la veille. Pendant la soirée, je commande des pates, mais on me livre des pates à l'ail. Non, non, non, mon estomac ne veut toujours rien avaler.

Jour 6 - 8 décembre 2009 - De Lower Pisang à Manang - 16km - 4h20 - 300 m de dénivelé

C'est le deuxième jour où mon ventre me lance régulièrement des insultes, mais ça va quand même beaucoup mieux. L'étape de la journée est plus longue que celle de la veille, et même si on y va cool, on arrive à rejoindre Manang, le bourg le plus important de la vallée. On se dit qu'en haute saison, ce lieu doit subir une concentration de touristes impressionnante.

Jour 7 - 9 décembre 2009 - Ice Lake - 6h - 1000 m de dénivelé

Aujourd'hui, c'est la journée acclimatation. Alors « acclimatation », kezako ? Il s'agit de s'habituer à l'altitude, de façon à ne pas (trop) subir ce qu'on appelle le mal des montagnes dont les symptômes peuvent être: maux de tête, perte d'appétit, vomissements, vertiges, perte du sens des réalités, coma et enfin mort. Donc, pour s'habituer à l'altitude, au dessus de 3000 mètres, il ne fait pas monter plus de 500 mètres en un jour, et il vaut mieux faire des randonnées à une altitude supérieure à laquelle on va dormir.

Pour bien nous acclimater, nous faisons donc une randonnée vers « ice lake », situé au dessus de Manang, à 4600 mètres d'altitude. Nos sacs sont quasi vides, à part de l'eau, le pic nic et l'appareil photo, ce qui nous change pas mal par rapport aux autres jours. Comme on y va très cool, on décide de s'arrêter à 4400 mètres, mais de là, la vue sur les Annapurnas est incroyable. A la descente, un troupeau de Yaks nous double, et ce qui est assez drôle, c'est qu'ils semblent avoir peur de nous. Du coup, pour nous éviter, ils passent au dessus et en dessous, ce qui a pour effet de créer un gros bazar, que le « Yak master » a bien du mal à régler.

Jour 8 - 10 décembre 2009 - De Manang à Thorong Phedi - 19km - 7h30 - 1300 m de dénivelé

Ce matin là, nous quittons Manang, avec pour but Letdar,un bled situé un peu plus haut en altitude. Mais comme nous arrivons à ce village juste pour la pause de midi, nous revoyons notre objectif à la hausse, et poussons jusqu'à Thorong Phedi (4400 mètres), accompagnés d'un sympathique habitant de Kahmandou et de son porteur. Thorong Phedi n'est pas vraiment un village, mais plus un regroupement de deux lodges qui servent à faire étape avant la montée vers le col du Thorong La. Pour ne pas souffrir du mal de l'altitude pendant la nuit qui va suivre, nous posons les sacs dans la chambre, et nous partons marcher jusqu'au Base Camp du col, situé 500 mètres plus haut. La nuit tombe tout juste lorsque nous revenons au lodge pour y mettre les pieds sous la table. Ici nous passons la soirée avec Yves et Nicole, un couple d'enseignants français qui profitent de leur retraite pour enchaîner les voyages à travers le Monde.

Jour 9 - 11 décembre 2009 - De Thorong Phedi à Muktinath - 16km - 9h45 - 1000 m de dénivelé en montée et 1600 m en descente

4 heures du matin. Le réveil sonne. Nous nous levons péniblement après une nuit plutôt fraîche mais quand même pas glaciale. Après un rapide petit déjeuner pris dans la salle commune du lodge, nous reprenons nos gros sacs, allumons nos lampes frontales, et c'est parti pour la grande montée de 1000 mètres de dénivelé jusqu'au col du Thorong La (5416 m). A partir de 4500 mètres, chaque pas nécessite un effort important, et nous devons faire des pauses très régulièrement. Plus nous montons, plus l'oxygène se rarefie, et plus nos sacs nous paraissent peser des tonnes.

Le jour se lève, et pas de bol pour nous, le ciel est couvert. Lorsque nous arrivons enfin à ce maudit col, la vue n'est pas aussi extraordinaire que nous l'avions espéré. Bon c'est pas grave, on fait une photo, et on redescend de l'autre côté. Ça paraît simple dit comme ça, mais la descente de 1600 mètres de dénivelé et nous paraît interminable. Et c'est les genoux explosés que nous arrivons à Muktinath, premier vrai village depuis Manang.

Jour 10 - 12 décembre 2009 - De Muktinath à Tukuche - 31km - 7h45 - 1200 m de dénivelé en descente

Ah enfin, aujourd'hui, à priori, pas de grosse montée, juste de la marche tranquille à travers le désert du Mustang. Ça c'est sur le papier, parce qu'en réalité, nous commençons cette journée par une bonne montée, qui nous permet d'avoir une super vue sur le Mustang, et sur le Dhaulagiri, un 8000 du coin. Il n'y a personne sur ce sentier. Il faut dire qu'aujourd'hui, exceptionnellement, nous sortons légèrement du sentier officiel du trek. Et après une bonne descente et une marche dans le lit d'un fleuve quasiment à sec, nous traversons Lubra, un petit village aussi paumé et typique que magnifique.

Après avoir avancé encore un peu, nous rejoignons la piste qui mène à Jomson, et là, c'est la fin de la partie sympathique pour plusieurs jours. La piste qui mène à la ville se situe au fond d'une vallée large et rocailleuse, et on a l'impression de ne pas avancer. Après un déjeuner très cher et dégueu à Jomson, nous continuons la marche sur la piste, doublés sans arrêt par des 4x4 et par des bus qui à chaque fois soulèvent des tonnes de poussière. Nous arrivons en fin de journée à Tukuche,un peu cassés par cette longue étape, dans une guesthouse qui relève plus du sketch que de l'installation hôtelière: la bouffe n'est pas bonne, servie en quantités insuffisantes et la piaule est pourrie.

Jour 11 - 13 décembre 2009 - De Tukuche à Dana - 27km - 7h15 - 1200 m de dénivelé en descente

Nous vivons ce onzième jour comme une journée purgatoire. Nous aurions pu prendre un bus pour nous éviter de marcher le long de la route pendant 30 kilomètres, mais nous avons choisi de jouer le jeu, et de faire l'intégralité du trek à pieds. Le ciel est gris, et les sommets sont invisibles, ce qui fait que notre moral n'est pas au beau fixe. A un moment, un panneau nous indique un chemin parallèle à la route. Nous l'empruntons, mais cette piste, qui ne fait que monter et descendre, sert juste à nous flinguer les jambes. Nous arrivons en fin de journée dans une sympathique guesthouse tenue par une mamie adorable. Pour la première fois depuis plus d'une semaine, la température est de nouveau acceptable et nous passons une bonne nuit réparatrice.

Jour 12 - 14 décembre 2009 - De Dana à Chitré - 16km - 6h15 - 1150 m de dénivelé

Nous commençons la journée par marcher le long de la route. Nous n'en pouvons plus des klaxons des bus et des nuages de poussière. Après une bonne heure et demie de progression, nous voilà à Tartopani, village où nous quittons enfin cette maudite route. La grande partie de la journée sera consacrée à la montée vers Chitré, notre étape du jour. Le décor change, et nous retrouvons les cultures en étages, mais les villages traversés sont nettement plus touristiques que précédemment.

Jour 13 - 15 décembre 2009 - De Chitré à Birethanti - 15km - 6h45 - 500 m de dénivelé en montée et 1800 m en descente

Le dernier jour du trek. Nous aurions du aller à Poon Hill, un point de vue très connu sur la chaîne des Annapurnas, mais nous avons renoncé à y monter, la météo étant très nuageuse au lever du jour. Au lieu de cela, nous finissons la montée jusqu'à Ghorepani, et descendons de l'autre côté vers Birethanti, village final où nous prenons un taxi pour Pokhara. Nous avons passé cette dernière journée à croiser des fleuves de touristes effectuant un trek de 3 jours avec pour objectif Poon Hill. Le soir même, nous prenons un apéro digne de ce nom, accompagné d'une délicieuse pizza au feu de bois. Ça fait du bien par où ça passe !!!

Commentaires


Commentaire posté par edith le 31/12/2009
Je ne sais pas si l'allusion aux retraités qui font le trek est un signe,mais le descriptif des dénivellés montre qu'il faut avoir la forme.Je vais réfléchir:-)


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